BILADA : Démocratiser l’accès à l’eau potable au Burkina Faso

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Lorsqu’il a lancé l’association BILADA, Hamed Arthur Yo avait un rêve : rendre l’eau potable accessible à large échelle au Burkina Faso. Dans ce pays, la majorité de la population n’a pas d’accès privilégié au réseau d’eau potable et continue à recourir à des sources d’eau souillées. Pour ce jeune biochimiste et microbiologiste, la solution est simple pourtant: il faut produire et distribuer du chlore (qui reste un des moyens les plus efficaces et peu coûteux pour purifier l’eau) localement. BILADA a reçu le soutien de la Fondation Antenna et de la technologie WATA et distribue aujourd’hui sa solution chlorée dans tout le Burkina Faso.

 

Yo, pourriez-vous brièvement nous expliquer ce qu’est Bilada?

BILADA, ou enfant jovial en langue locale du Burkina Faso, est le rêve d’une Afrique qui rompt avec l’image de l’enfant africain mal-nourri. L’association BILADA a été créée en février 2018. Ce projet d’entrepreneuriat social souhaite participer à l’amélioration de l’accès à l’eau potable des communautés vulnérables du Burkina Faso. A terme, nous souhaitons faciliter l’accès à des désinfectants locaux et financièrement accessibles dans d’autres parties d’Afrique subsaharienne également et ainsi contribuer à la prévention de maladies hydriques et des infections associées aux soins.

Après plus d’une année d’existence, BILADA est aujourd’hui un acteur local qui œuvre pour la promotion et le traitement de l’eau à domicile. L’association possède sa propre unité de production et commercialise à travers plusieurs canaux sa solution chlorée dans tout le Burkina Faso. Les activités de BILADA sont la production et la vente de solutions chlorées, la sensibilisation au traitement de l’eau à domicile et la distribution de solutions chlorées aux populations vulnérables.

 

Quelle est la situation en matière d’accès à l’eau potable aujourd’hui au Burkina Faso ?

Au bilan de la mise en œuvre des objectifs du millénaire pour le développement en 2015, seulement 8% des Burkinabés avaient un accès privilégié au réseau d’eau public dans leur domicile. Les 92% restant, vivant dans les quartiers déshérités et en milieu rural, ont encore recours au captage, au transport et au stockage de l’eau à partir de forages ou de puits. Ces points d’eau considérés comme améliorés ne délivrent pas toujours de l’eau potable et même quand c’est le cas, l’eau est souillée dans plus de 90% des cas durant les phases critiques de captage, de transport et de stockage.

Cela a des conséquences immédiates sur la santé des personnes concernées. Les maladies diarrhéiques sont la troisième cause de consultations dans les centres de santé et concernent dans 88% des cas les femmes et les enfants.

Nous vivons aussi actuellement une situation de migration interne due aux conflits dans certaines régions du Burkina Faso. Les conditions sanitaires dans lesquelles vivent les familles déplacées sont très préoccupantes et requièrent une intervention immédiate afin de minimiser les risques d’éclosion de maladies graves.

 

En quoi l’entreprise BILADA remédie-t-elle à cette situation ?

Le traitement de l’eau au point d’utilisation est une alternative viable et efficace dans ce contexte, surtout pour réduire les maladies diarrhéiques chez les enfants. Les familles les plus aisées ont recours à des filtres importés ou achètent de l’eau minérale dans les villes. Pour les familles démunies, BILADA offre un moyen efficace de traiter l’eau grâce à sa solution chlorée distribuée en flacon. Le flacon avec une étiquette illustrée et un bouchon mesureur a été conçu en tenant compte du contexte socio-économique de notre public cible : son habitude de consommation d’eau, la taille des ménages, le pouvoir d’achat, et le niveau d’alphabétisation.

Toutefois, notre enquête auprès des ménages, a aussi révélé que moins d’un tiers des familles en milieu rural fait le lien entre leur eau de boisson et leurs maladies. Le traitement de l’eau est donc plus un besoin normé qu’un besoin ressenti. Cela implique un défi de marketing social important pour ancrer ce geste salvateur dans les habitudes des familles, surtout quand il n’est pas gratuit.

 

Avec quel modèle économique travaillez-vous et où trouvez-vous du soutien pour votre initiative ?

BILADA est une entreprise sociale qui a pour vocation de lier impact social et performance économique pour un développement durable. Le modèle économique de BILADA repose sur des mécanismes « Bottom of the Economic Pyramid » : des marges faibles, compensées par une commercialisation à grande échelle. Dans ce modèle, il s’agit de garantir à la fois l’accessibilité  financière de nos produits aux plus vulnérables et la pérennité d’une entreprise qui se veut transgénérationnelle.

La principale activité rémunératrice de BILADA est la vente des solutions chlorées. Les ventes n’ont pas encore atteint le seuil de rentabilité et des financements d’appoint ont été et sont encore nécessaires. C’est l’occasion de remercier tous ceux qui nous ont soutenus sous diverses formes : soutiens et prestations techniques, bénévoles, amis, la fondation Antenna et l’incubateur La Fabrique pour leur accompagnement, Afric’Innov pour le prêt d’amorçage, et Cash Solidarité pour les premières activités de marketing social.

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Quels ont été les plus grands défis que vous avez rencontrés en tant qu’entrepreneur dans le secteur de l’eau, lors de la création de votre entreprise et lors de la production et distribution de chlore pour le traitement de l’eau à domicile ?

Deux des défis à souligner ont été d’identifier un fournisseur de flacons et de nous assurer de la stabilité de la solution chlorée dans les conditions locales, avec de fortes amplitudes thermiques. Mus par nos valeurs de création endogène de richesse, nous privilégions les produits locaux à ceux importés. Avec la faiblesse du tissu industrielle dans nos contrées et la taille modeste de notre budget, trouver l’emballage satisfaisant a été plus que fastidieux. Actuellement, l’approvisionnement en flacons se fait au Ghana et la recherche se poursuit dans un esprit d’amélioration continue. Pour la stabilité de la solution chlorée, avec l’appui de Baobab Antenna, la solution chlorée stabilisée de BILADA a perdu moins de 2% de sa concentration initiale sur 316 jours, confirmant la date de péremption d’une année donnée dans la littérature.

Comment souhaitez-vous faire avancer votre entreprise et de quoi auriez-vous besoin ?

Pour assurer le développement de BILADA aujourd’hui, il faut viabiliser et pérenniser notre modèle économique. Cela fait moins d’un an que la solution chlorée BILADA est commercialisée. Il est donc normal que nous travaillions encore pour atteindre nos objectifs de vente à grande échelle. Nous œuvrons tous les jours pour que les Burkinabés aient conscience des enjeux liés au traitement de l’eau au point d’utilisation. Cependant, le marketing social a un coût et ne pourrait être supporté par une entreprise sociale naissante sans subventions.

Malgré la fiabilité de la technologie WATA utilisée pour produire, les partenaires potentiels ne sont pas toujours enclins à accorder leur confiance à une production locale. Ils souhaitent de nombreux garde-fous, souvent plus qu’il n’en faut pour commercialiser des produits importés d’autres contrées. Nous travaillons continuellement sur le produit, en recherche et développement, pour rassurer nos partenaires de la qualité de nos procédés et ainsi gagner de nouveaux marchés.

Quelles sont les prochaines étapes pour BILADA?

BILADA est engagé dans un processus de recherche et développement sur l’innocuité de la chloration de l’eau dans les conditions locales d’utilisation des ménages burkinabés. Dès publication des résultats de ces recherches, nous espérons pénétrer de nouveaux marchés, notamment ceux des institutions publiques et des ONG, aussi bien au Burkina Faso que dans les autres pays de la sous-région.

Nous renforçons également notre force de vente pour accélérer l’atteinte de l’autonomie financière et contribuer à la réduction durable des risques de propagation des maladies hydriques et des infections associées aux soins dans les communautés vulnérables d’Afrique Subsaharienne.